Le sentier des Ancêtres d’Opunohu et le Col des 3 Pinus

L’île de Moorea est connue pour son magnifique lagon, ses plages de sable blanc, ses ma’a tahiti au bord de l’eau, ses spots de plongée, ses nombreuses activités nautiques, etc. Côté montagne, Moorea regorge également d’incroyables richesses avec son somptueux profil montagneux où se mêlent pics volcaniques, caldeira, amphithéâtres et crêtes recouvertes d’une végétation verdoyante et luxuriante.

Direction le domaine d’Ōpūnohu, un site entièrement dédié à l’écotourisme : points de vue, randonnées pédestres, sites archéologiques, accrobranches, découvertes culinaires des produits du terroir au Lycée agricole, parcours VTT, parcelles agricoles, aquaculture, etc. Le Service du Développement Rural (SDR), en charge du domaine, a d’ailleurs réalisé une carte qui permet aux visiteurs de choisir leur randonnée selon leurs envies (sites archéologiques, points de vue, …) et du niveau de difficulté selon un code couleurs (de la balade familiale à la randonnée sportive pour les marcheurs confirmés). Ladite carte recense huit itinéraires.

Après la randonnée du Mou’a Puta, cette fois-ci nous vous emmenons à la rencontre du sentier des ancêtres d’Ōpūnohu et du Col des 3 Pinus, une balade 100 % nature alliant sport et culture. Avant de me rendre au Belvédère, je m’étais permise de faire une halte au Lycée agricole pour y déguster un savoureux jus d’ananas frais et rafraîchissant.

Le Col des 3 Pinus – Te ‘āro’a Pu’uroa

 

Le Col des 3 Pinus (Te ‘āro’a Pu’uroa) est une boucle de 3,4 km qui peut s’emprunter à partir du marae Te-ti’i-rua ou du Belvédère. Pour ma part, j’ai fait le choix de partir du Belvédère. Face à la montagne, le sentier des 3 Pinus se trouve sur la gauche. Il débute par une descente régulière pendant quelques minutes avant de prendre un chemin sur la droite qui nous mènera en 40 minutes de montée ombragée, vers le sommet des 3 Pinus. Ce chemin croise celui du sentier des Ancêtres et des marae, face au mythique mont Rotui.

Le sentier des 3 Pinus s’engage sous les feuillages de tumu marumaru (falcata), pūrau (Hibiscus tiliaceus) recouverts de lianes virevoltantes, de la forêt de mape (châtaignier tahitien) centenaires et leurs troncs aux dimensions majestueuses et formes aussi étranges que belles ainsi que des cours d’eau (baignade possible suivant les conditions météorologiques). Les troncs de mape m’émerveillent toujours autant car nos ancêtres les utilisaient pour transmettre des messages en frappant les minces parois afin de faire résonner un battement dans la vallée. Hors de question d’essayer pour ne pas les endommager !

Le sentier est bordé de plantes, fougères et arbres fruitiers : ‘ape, ’ō’aha, ‘ahi’a, moeruru dont la fleur rouge sert de savon naturel pour le bain à appliquer sur les cheveux (des souvenirs de mon enfance à Taha’a), nahe, etc. Il est également bordé de pierres imposantes et de plateformes où se déroulaient les rituels de nos Tupuna. Plus nous avançons, plus la végétation se fait épaisse. Parfois, la lumière du soleil n’arrivait plus jusqu’au sol.

Pour valoriser cette richesse ethnobotanique, le SDR a mis en place des panneaux informatifs décrivant les noms et caractéristiques des plantes et des oiseaux en tahitien, français et anglais, dans l’optique de sensibiliser les visiteurs à la fragilité de notre environnement et à la nécessité de le préserver durablement.

En titubant entre les arbres et les cours d’eau, la couleur verte est omniprésente et a une odeur particulière, mêlant arômes de fleurs et plantes, de végétaux en décomposition et une odeur de terre humide. J’ai inhalé abondamment des bouffées de chlorophylle pour renouveler l’oxygène de mes poumons de citadine.

Ivre de chlorophylle, mon compagnon de marche et moi avons fait une halte devant un énorme banian, l’arbre des Ari’i. J’ai donc profité de cette occasion pour lui raconter qu’à Nuku-Hiva (archipel des Marquises), un majestueux banian trône dans la vallée de Hatiheu, au Tohua Kamuihei et il est considéré comme le gardien des lieux. Une véritable cathédrale dans la jungle où les Marquisiens exécutent la danse du cochon (haka puaka) sous cet arbre et mon corps frissonnait aux sons des pahu (tambours) et de leur voix imitant cet animal. Autrefois, ces arbres étaient sacrés car ils abritaient les esprits des chefs, des prêtres et des guerriers les plus respectés.

Puis, nous avons continué à nous faufiler entre les troncs de mape et autres pierres gigantesques. En m’engageant dans la dernière partie menant au col, le sentier monte de manière assez raide. La montée escarpée emprunte des marches de pierres basaltiques, des morceaux d’orgues bien anguleux, des racines, entourée de pandanus dont les fruits rouges et odorants sont appelés hīnano.

A quelques mètres du sommet, j’ai eu le privilège de rencontrer un magnifique Ruro (martin-chasseur vénéré) tranquillement posé sur une branche de pūrau. Une rencontre que je voulais aussitôt partager avec mon compagnon de marche mais il avait pris de l’avance et était déjà arrivé au point de vue. Ne voulant pas effrayer le Ruro avec mes appels, je l’ai admiré seule avec en fond sonore le bruissement du vent dans les feuilles des arbres. 

Encore quelques mètres, me voilà au pied des 3 Pinus avec une vue exceptionnelle à une altitude de 309 m, entourée de pics, ouverte sur les baies de Cook et Ōpūnohu, face au Mont Rotui et complétée par les plantations d’ananas. Avant d’entamer la descente et malgré la pluie qui menaçait de tomber, j’ai pris le temps d’admirer cette étendue de paysages et d’apprécier le silence qui y règne… Puis, j’ai décidé de replonger la tête dans cette végétation verdoyante.

La descente n’était qu’une formalité car moins physique, hormis lorsqu’elle est assez raide, il est préférable de l’aborder à une allure plus lente mais dynamique. Une fois cette étape passée, la marche est beaucoup plus simple !

Le sentier des Ancêtres – Te ara Tupuna (Te e’a Tupuna)

 

J’ai prolongé mon circuit pédestre en empruntant le sentier des Ancêtres à la découverte de sites archéologiques à l’ombre des mape centenaires. Une occasion pour m’imprégner de la culture des premiers habitants de la vallée d’Ōpūnohu, 600 à 1 100 après Jésus-Christ, et tenter d’imaginer leur mode de vie, leurs rituels, leur habitation, etc.

La vallée d’Ōpūnohu est un véritable trésor naturel et culturel. Elle recense 550 vestiges qui ont l’avantage d’être les mieux conservés et les mieux étudiés de l’archipel de la Société : différents types de marae (temples), d’anciens sites d’habitat, des paepae (plateformes), des terrasses de cultures et des plateformes d’archers. Les nombreuses recherches menées depuis plusieurs années ont permis d’établir une interprétation solide de l’histoire culturelle des lieux et de son paysage archéologique.

Il me paraît inutile de vous faire un cours archéologique sur ses vestiges culturels, les renseignements fournis par le Service de la Culture et du Patrimoine et le site Internet Tahiti Héritage s’y prêtent parfaitement. Et surtout, mon expertise archéologique est limitée voire quasi-inexistante.

Le sentier des Ancêtres (Te ara Tupuna) est le circuit le plus court avec une boucle de 1,5 km réalisable en une heure voire plus, un lieu chargé de mana. Le départ de mon initiation culturelle s’est fait à partir du marae Te-ti’i-rua, celui qui est orienté vers le Mou’a Roa. Le mur d’enceinte de ce marae est imposant, il est couvert de mape et bordé de ahu d’une hauteur d’environ 50 cm. Il y a également de nombreuses pierres dressées formant sans doute les sièges des chefs lors des cérémonies.

Un second banian a croisé notre chemin, signe que nous nous trouvions sans doute près d’un marae ou de l’habitation principale d’un chef. Puis, le sentier mène vers d’autres plateformes dont les marae Ahu-o-Mahine et Afare-aito ainsi que les plateformes de tir à l’arc. A cet instant précis, il vous suffit de fermer les yeux, de prendre quelques respirations profondes et de vous laisser imaginer les tahu’a (ptêtre) accomplir leurs rituels et demander aux dieux le mana, force spirituelle vitale qui connecte tous les êtres vivants.

 

Source et crédit photo : Aremiti Magazine