Le re’a moeruru, le shampoing des vahine

 

Caroline vous raconte…

Le culte de la chevelure

Symbole par excellence de la féminité, les cheveux occupent une place essentielle dans la culture polynésienne. Longs, soyeux, épais, lisses ou popine, il est d’usage de les détacher lors des spectacles de danse traditionnelle afin d’exacerber la sensualité du corps et d’accentuer le mouvement des hanches. Aussi, entretenir sa chevelure fait partie intégrante du quotidien ici, dans les îles.

Et, parce que nous le valons bien, rien de tel que privilégier le naturel. Au fin fond des vallées, là où il fait bon et humide, poussent de jolies fleurs tropicales qui s’apparentent à de petites torches exotiques. C’est l’un des secrets de beauté des Polynésiennes les mieux gardés et nous vous en donnons un petit aperçu en ce jour…

La torche tahitienne

De la famille des zingiberaceae (une cousine du gingembre), le zingiber zerumbet, comme il est d’usage de l’appeler en botanique, est une plante herbacée originaire d’Asie.

En métropole, on le connait sous le nom d’amome sauvage, de zérumbet ou de gingembre d’Océanie. Jolie plante ornementale, sa tige feuillue peut atteindre 1,20m de haut, autant dire que vous ne pouvez pas la rater.
A vrai dire, ses petites fleurs blanches ne présentent que peu d’intérêt. En revanche, ses bractées verdâtres tournent au rouge pourpre en grandissant, ce qui n’est pas désagréable à la vue et a l’avantage de receler bien des propriétés. Leur forme originale vaut à la plante le charmant sobriquet de « gingembre cône de pin ».

Une fois coupées et rassemblées en bouquet, les inflorescences sont relativement lourdes et détrempées en raison du liquide qu’elles renferment. Mais nous préservons le suspense pour l’instant…. Elles embaument la pièce d’une douce odeur de gingembre.

Un shampoing naturel

La Polynésie regorge de richesses : sa nature luxuriante, sa flore exubérante et sa biodiversité sont autant d’atouts dont nous tirons parti au quotidien. Ne dit-on pas qu’il faut faire feu de tout bois ?
Si vous comptez faire de la randonnée sur Tahiti ou participer à la prochaine saison de Koh Lanta, peut-être que mon article pourra vous être utile… Durant la saison chaude, lorsque les précipitations sont abondantes, vous avez de grandes probabilités de rencontrer du re’a moeruru au détour d’un sentier, dans un coin humide et ombragé. Attendez d’arriver au bassin le plus proche ou à la cascade et pressez la fleur entre vos doigts jusqu’à ce qu’un liquide clair et visqueux s’en écoule, et appliquez le gel. Propres, doux, soyeux et brillants, vos cheveux s’en trouvent revigorés.

Evidemment, nous n’avons pas tous la chance de vivre en montagne, mais rassurez-vous, la torche tahitienne se consomme sur place ou à emporter ! Vous pouvez conserver la plante dans un plastique au réfrigérateur afin de préserver la précieuse sève dans les rhizomes. Reconnaissez qu’il y a bien plus de style à extraire son shampoing d’une fleur que d’une bouteille en plastique…

Importée à Hawaii par les premiers navigateurs polynésiens ayant colonisé l’île à bord de leurs pirogues traditionnelles, le re’a moeruru est connu chez notre homologue américain sous le nom de awapuhi ou wild ginger. Si cette plante reste encore méconnue du grand public de par le monde, là-bas une grande enseigne a entrepris de tirer profit de ses vertus naturelles afin de concevoir une gamme de shampoings et de baumes réparateurs.
En effet, la plante est connue pour améliorer l’aspect du cheveu, apporter douceur et brillance tout en apaisant le cuir chevelu et en réduisant le ternissement et la décoloration précoce, des avantages non négligeables.

Les autres usages du re’a moeruru

Vous croyiez peut-être que c’était fini ? ll n’en est rien… Le zérumbet recèle bien d’autres propriétés.
Ses feuilles et tiges sont utilisées en cuisine comme épices afin de rehausser les plats à base de porc et de poisson notamment.

Traditionnellement, on a coutume d’écraser ses racines avec un pilon et de les mélanger au jus de noni pour créer un cataplasme destiné à soulager les inflammations.

En infusion, la plante contribue à améliorer la circulation sanguine, à réguler le transit intestinal et est également préconisée en cas d’indigestion.

Une fois cuites, les racines peuvent être appliquées sur une carie afin de soulager la douleur.

Enfin, dans la tradition hawaïenne, on réduisait les racines en poudre que l’on saupoudrait sur les habits afin de les recouvrir d’une délicate fragrance naturelle.

Bien loin de l’image dépeinte dans le spot publicitaire du célèbre gel douche, la vahine privilégie toujours le naturel et l’authenticité.