Caroline vous raconte… la petite histoire du vivo…

La simple évocation des îles de Tahiti invite au fantasme quand elle ne réveille pas en nous certains souvenirs. La chaleur du soleil, le goût des embruns polynésiens, la fragrance du tiare ou le battement du tō’ere sont autant d’instants gravés dans notre mémoire. Pourtant, s’il est bien un son qui devrait évoquer la grandeur passée du Tahiti d’antan, c’est bien le sifflement du vivo.

Souvent délaissée au profit des percussions, cette petite flûte nasale est cependant répandue dans l’ensemble du triangle polynésien. Plus connue sous le nom de kuihu à Hawaii, elle est appelée koauau en Nouvelle-Zélande tandis qu’aux Marquises, on préfère parler de pu ihu.

Un peu d’histoire…

Si son origine reste indéterminée, on sait néanmoins qu’elle comptait déjà parmi les objets amassés par les grands explorateurs tels que James Cook ou Louis-Antoine de Bougainville, au XVIIIe siècle. Par ailleurs, si l’usage veut à présent qu’on la taille dans du bambou, jadis la flûte pouvait être sculptée dans de l’os humain, et pas n’importe lequel, celui des ennemis vaincus lors de guerres claniques.

Bien qu’on délaisse à présent le coquillage tranchant et les morceaux de aito aiguisés au profit de la scie et de la perceuse électrique, l’aspect du vivo n’a que très peu évolué au fil des siècles.
S’il ne comportait autrefois que deux ou trois trous, on préfère en confectionner sept ou huit aujourd’hui pour octroyer une plus grande liberté au joueur. La qualité du bambou est déterminante, tout comme sa longueur : on note ainsi que plus la flûte est courte, plus le son sera aigu.
Si vous n’êtes pas spécialement mélomane, le vivo n’en demeure pas moins une pièce de collection incontournable qui saura habiller votre pièce d’une touche polynésienne.

En pratique…

A la différence des flûtes ordinaires, l’embouchure du vivo est placée à hauteur de la narine. Le musicien maintient l’instrument des deux mains et bouche la narine opposée avec le pouce ou l’index. Son maniement implique une très grande maîtrise de soi ainsi qu’une bonne gestion du souffle. Comme pour la flûte traditionnelle, il s’agit de boucher successivement les trous à l’aide des doigts pour obtenir différentes notes. La position des doigts diffère d’ailleurs en fonction de l’archipel dans lequel on se situe.

Aux temps anciens, la flûte nasale était un véritable outil de séduction, employé au cours de sérénades enflammées. Enveloppé d’une aura magique à peine dissimulée, on lui a ensuite accordé un rôle prépondérant au cours des incantations et cérémonies sacrées. L’air expiré par les narines relevait alors de l’ordre du mystique, il était supposé invoquer dieux et esprits.

Vivo & Culture :

A présent, la mélodie du vivo ne sert plus qu’à accompagner les ‘ōrero et à guider les danseurs au cours des grandes manifestations culturelles annuelles.
A l’instar du pu (conque marine), le vivo connait une période de renouveau vers la fin des années 80.

Si son succès est tel, c’est parce qu’il incarne un idéal, une période révolue. Ses sonorités mélancoliques se prêtent naturellement aux prestations scéniques et aux reconstitutions historiques. Le vivo est un symbole de transmission, le souffle de la vie.