Caroline vous raconte…

 

« Tiare au mau, te tiare aute
Aue o te au e, te uvaa vaa
te ahiahi e Oteaue
la tapiri mai
E au nei au, to papari’a
Mai te tiare
Te uvaa vaamai i te ahiahi e O te au e ia tapiri mai
 » – Eddie Lund

Généralement appelé tiare ‘aute en Polynésie, l’hibiscus a, comme les maohi, beaucoup voyagé avant d’atterrir dans nos îles. Du latin « rosa sinensis » qui signifie « Rose de Chine », celle que l’on surnomme la fille des îles serait originaire d’Asie et des îles du Pacifique. En grec ancien, « hibískos » désignait en premier lieu la guimauve, la plante à l’origine de la célèbre douceur gélatineuse que l’on connait.

Après le sourire et le tatouage, c’est probablement le plus bel ornement qu’une femme puisse porter. Aussi, avec le tiare tahiti, l’hibiscus est la fleur de prédilection des Tahitiennes.

Contrairement à de nombreuses fleurs renommées pour leur caractère fragile et éphémère, le ‘aute connait une longue floraison et résiste plutôt bien aux aléas climatiques. En revanche, si vous souhaitez la porter à l’oreille, pensez à la cueillir de bon matin, juste après l’éclosion. Le soir venu, la fleur se referme sur elle-même, inutile d’envisager l’utiliser comme accessoire de dernière minute pour vos dîners en tête à tête…

Petite plante d’intérieur décorative dans l’hémisphère nord, l’hibiscus évolue partout dans la nature sur nos îles, il borde chaque sentier, délimite chaque maison.

Aussi, le rosa sinensis n’est pas à confondre avec l’hibiscus tiliaceus, seconde variété qui pousse en Polynésie et que l’on appelle communément purau.

Tahiti ou le ‘aute rouge

Sur l’île de Tahiti, le ‘aute maohi ou ‘aute raau est facilement reconnaissable à sa couleur rouge éclatante. Simple, sans fioriture, il est omniprésent et incarne à lui seul la chaleur, l’exotisme et l’authenticité qui nous sont propres. S’il nous est impossible d’estimer avec certitude la date de son importation sur le territoire, des dessins de Sydney Parkinson datant de 1769 attestent de son existence à l’époque. Ayant accompagné James Cook lors de son premier voyage, il a conservé de ce périple quelques fleurs séchées qui sont désormais entreposées au British Museum.

Les vertus de l’hibiscus

La fleur d’hibiscus n’est pas qu’un simple apparat, elle présente des propriétés adoucissantes et de nombreuses vertus thérapeutiques. D’ailleurs, vous l’avez probablement déjà rencontrée au détour d’un rayon de pharmacie ou chez l’herboriste.

Elle sert en premier lieu à drainer et détoxifier l’organisme, à purifier le sang et le foie et participe à la régulation du transit. Vous prendrez bien une petite cure de fleurs…

Ses vertus anti-inflammatoires et antibactériennes permettent de protéger les parois internes des voies respiratoires, des vaisseaux sanguins et intestins. En infusion ou décoction, les fleurs permettent, en outre, de calmer la toux et de prévenir les angines.

Riche en carotène et en vitamines A C et E, elle aide à lutter contre la fatigue passagère. Elle est également préconisée en cas de légère hypertension artérielle.

Une fleur comestible…

En poudre, en infusion, en décoction, en gelée, en confiture ou en sirop, l’hibiscus est partout !

Avec son goût sucré légèrement acidulé, la fleur d’hibiscus fait une boisson rafraîchissante particulièrement appréciée les jours d’été. En Polynésie, on l’appelle ava ‘aute, une délicieuse boisson hydratante que beaucoup nous envient. D’un rouge carmin attrayant, le breuvage peut se boire nature ou agrémenté de cannelle ou de gingembre.
Rien de tel qu’une recette de grand-mère… Aujourd’hui le succès de la fleur est tel que même le géant américain Starbucks a entrepris de la décliner en divers thés glacés.

Riche en minéraux, en magnésium, en fer, en zinc, en calcium, en potassium et en sodium, la consommation d’hibiscus ne présente que des avantages. De nombreux restaurants gastronomiques se proposent d’ailleurs d’incorporer des sorbets et gelées à base de ‘aute à leurs plats. Enfin, parsemés avec parcimonie, les pétales rajoutent de la couleur à l’assiette.

 ‘Auē te nehenehe… L’hibiscus en cosmétique

Riche en anti-oxydants et en mucilages, ces substances végétales visqueuses semblables à de la gélatine, la fleur d’hibiscus fait des merveilles sur le corps et les cheveux. En infusion, les effets ne tardent pas à se manifester sur l’apparence mais le mieux reste encore de l’appliquer sous forme de masque sur le visage. Ses propriétés adoucissantes, hydratantes et émollientes feront des miracles en crème de jour.

Véritable soin nutritif, le ‘aute permet de nourrir le cheveu et de le démêler plus facilement. L’hibiscus s’avère également avoir un effet anti-chute, il apporte douceur et brillance à votre chevelure et la rend considérablement plus épaisse. Par ailleurs, appliqué sur le cuir chevelu, le masque à base de rose de Chine stimule la pousse et permet de lutter contre les pellicules.

Enfin, si vous avez quelques cheveux blancs, sachez que l’hibiscus prévient le grisonnement capillaire et peut être utilisé afin de redonner couleur, éclat et reflets aux cheveux ternes.

Côté jardin…

Si vous venez de faire l’acquisition d’un hibiscus, gardez-le au chaud avant de le lâcher dans la nature. En effet, si vous rempotez la fleur, vous allez la perturber et faire plus de mal que de bien car l’hibiscus aime se sentir un peu à l’étroit…

Progressivement, vous pourrez opter pour un pot de plus en plus grand en le plaçant dans un endroit ensoleillé et à l’abri du vent. L’idéal est de mélanger la terre de votre jardin à du terreau et de la terre de bruyère. Disposez des petites billes d’argile ou des graviers au fond du pot afin de faciliter le drainage et de ne pas asphyxier les racines.

En fonction du climat et de l’humidité ambiante, pensez à arroser la plante régulièrement (une à deux fois par semaine), mais pas trop car l’hibiscus ne supporte pas la terre détrempée.

Enfin, si le ‘aute maohi demeure la variété la plus répandue au fenua, d’autres spécimens voient régulièrement le jour. En effet, il est possible de perpétuer l’espèce par bouture, marcottage ou par greffe, ce que de nombreux amateurs de jardinage s’évertuent à faire.

Néanmoins, il est désormais envisageable de créer des variétés hybrides par pollinisation artificielle croisée, une technique subtile que peu maîtrisent sur le territoire. Pour cela, il faut prélever le pollen des étamines d’une plante souche définie comme « père » et l’incorporer aux stigmates du pistil d’une plante porteuse choisie comme « mère ». Cette méthode ne permet cependant pas d’anticiper le résultat ou de prédire la couleur du produit.

Et parce qu’une photo vaut mieux que mille discours, je vous laisse contempler les variétés de mon jardin…