Caroline vous raconte…

Habillées d’un sourire… et d’un pareo. C’est ainsi que sont dépeintes les Polynésiennes ayant croisé le regard de Paul Gauguin. Immortalisées d’un coup de pinceau, elles arborent des couleurs vives, se défont de tout artifice et portent en elles une certaine insouciance. Spontanées, naturelles et gracieuses, les vahine aiment à se draper d’un simple morceau de tissu.

Dépourvu de toutes fioritures, le pāreu incarne à lui seul l’indolence des îles, ce charme naturel, presque inné, de la vahine. On l’associe à l’authenticité, la langueur, la fraîcheur.

Indispensable de toute garde-robe, il n’a d’égal que la petite robe noire. On le collectionne par dizaines, on l’emprunte, on l’oublie…

Simple, léger, aérien, le pāreu glisse sur les corps, il couvre, dissimule ou révèle au contraire un grain de peau. C’est le seul élément véritablement indispensable à la pratique du ‘ori tahiti. Il accompagne le roulement des hanches et souligne le mouvement. Il donne de l’amplitude et met en valeur un joli fa’arapu. On le roule, on le secoue, on le mouille de sueur, on le tord, on ne lui épargne rien des vicissitudes de la vie.

Un symbole intemporel:

On s’enveloppe de cette douceur des îles au sortir de la douche, pour flâner à l’ombre des cocotiers ou se poser en bord de plage. Le pareo n’a pas d’âge. Un chignon improvisé, un pāreu rapidement noué, un aute à l’oreille et des savates aux pieds. Plus qu’un style, c’est l’expression d’un art de vivre. De la vahine esseulée sur la plage à la māmā qui nettoie sa cour munie de son balai nī’au, il est indissociable de la conception qu’on se fait de la vie dans les îles. Il est ancré dans les mœurs et habite l’imaginaire collectif.

Ses couleurs chatoyantes et ses motifs exotiques retranscrivent cette joie de vivre, cette chaleur typiquement polynésienne qui se retrouve dans les cœurs et sur les corps. Pour décorer un mur un peu trop blanc, recouvrir ses édredons ou parer ses sièges de voiture d’une touche locale, il trouve son utilité partout.
Etendu en bord de route, flottant au vent, il interpelle et guide les passants vers les lieux de festivités.
Les amateurs de chevrettes aiment, quant à eux, à s’engouffrer dans les ruisseaux jusqu’à mi-mollets, un pareo noué à la taille leur servant d’épuisette.

Le pareo tient également un rôle essentiel lors de la cérémonie du mariage polynésien traditionnel et plus particulièrement celle du ‘umuai à Rurutu où les membres de la famille et les habitants des villages environnants sont invités à participer à une procession au cours de laquelle ils accompagnent et entourent les jeunes mariés d’un pareo de plusieurs dizaines de mètres.

L’origine du pareo:

Le climat tropical de la Polynésie et son ensoleillement quotidien ont très tôt imposé une certaine économie de vêtements. Or, les matières premières nécessaires à la confection de textiles se trouvaient très limitées dans les îles ; on ne trouvait ni laine, ni soie, ni chanvre.
Il a alors fallu parer ce manque en trouvant une alternative adéquate. Aussi, le pareo trouve-t-il ses origines dans le tapa, une étoffe végétale conçue du travail de l’écorce. Les tupuna ceinturaient leur taille d’une large bande d’étoffe non tissée. Dénommée ka’ aux Marquises, cette dernière prend alors le nom de pāreu dans les îles de la Société.

Confectionné à partir du liber du aute (le mûrier à papier) ou de celui du ‘ōrā (le banian), considéré comme un arbre sacré en Polynésie, le tapa se veut relativement rêche et nécessite une dextérité remarquable ainsi qu’un temps de préparation considérable.
Bien que quelque peu rigide et rudimentaire, le tapa n’en demeure pas moins un vêtement ornemental. Peint à l’aide de pigments de terre et de végétaux, il se pare de motifs géométriques dessinés à la main ou à l’aide de tampons de bois.
L’arrivée des baleiniers et des missionnaires au XVIIIe siècle ainsi que le développement du commerce international introduisirent le tissage en Polynésie. Très vite, le tapa se voit évincé, on lui préfère la souplesse du coton pour les déplacements du quotidien.

Le pareo aujourd’hui dans le monde:

Qui aurait cru qu’un petit bout d’écorce battue puisse faire le tour du monde ? Dépeint par Paul Gauguin, retranscrit sous la plume de Pierre Loti et des explorateurs, le pareo s’est fait connaître au monde par le prisme du voyageur. Aussi, les premiers modèles furent exportés sur le continent européen dans les années 1930 et ne tardèrent pas à rencontrer le succès qu’on leur connait aujourd’hui.

En coton, en lin ou en fibranne, le pareo se veut fluide et estival. Au sortir de la piscine, pour un cocktail en bord de mer ou une sieste dans un hamac, c’est une invitation au voyage, une ode aux vacances.

En ce qui concerne la Polynésie, le développement promotionnel de la région, la diversification de l’offre aérienne et le bouche à oreilles ont contribué à accroître l’affluence touristique. Aussi, afin de satisfaire un public avide de nouveautés et de découvertes, les prestataires de services se sont essayés à plusieurs types d’excursions. Les activités en lien avec la nature et la culture rencontrant un franc succès, le pareo show a progressivement trouvé sa place parmi les animations proposées aux voyageurs.
A l’heure actuelle, chaque guide vous propose le traditionnel couper de coco suivi d’un bref défilé destiné à vous apprendre les différentes techniques pour nouer un pareo, c’est devenu une véritable attraction.

Le pareu day:

Aujourd’hui, le pāreu est un symbole, la représentation d’une culture, d’une histoire, d’un mode de vie. On ne triche pas avec le pāreu: pas de couture, pas d’attache, pas d’épingle. Vous devez vous couvrir de ce seul morceau de tissu et de votre ingéniosité.

Aussi, chaque année, Tahiti Tourisme invite la population à valoriser ses mœurs, à célébrer la coutume et à vivre sa culture en participant au pāreu day. Pour aller au travail, à l’école ou se promener, les Polynésiens sont enjoints à porter un pareo, comme autrefois.

C’est un retour aux sources, à la simplicité du Tahiti d’antan, une exaltation du charme désuet.