Caroline vous raconte…

 

Rangiroa, petite île perdue du bout du monde. Situé à 1h d’avion de Tahiti, cet atoll de 260km de circonférence fait partie des 118 perles qui ornent le collier de la Polynésie française. Des étendues de sable à perte de vue, un lagon translucide, une faune sous-marine à faire pâlir la Grande Barrière de Corail et là, entre les cocotiers, quelques pieds de vigne que rien ne semble altérer.
Oui, Rangiroa est un bien une destination particulière où l’impossible semble devenir possible…

Le Vin de Corail de Rangiroa, un pari fou

A l’origine, une idée saugrenue, celle d’implanter des vignes là où personne ne s’y était encore risqué : en plein cœur du Pacifique. Epris d’œnologie, Dominique Auroy se donne pour défi de réinventer la vigne sous les Tropiques, d’exhausser l’arôme par le goût du travail et d’insuffler de la passion à ses bouteilles. Un véritable condensé d’impétuosité relevé d’un soupçon de « provocation », comme il aime à le faire entendre.

Aujourd’hui, le domaine Ampélidacées s’étend sur six hectares. A l’abri du soleil ardent sous les palmes de cocotiers, les vignes s’épanouissent à 100m du lagon, comme bercées par le son des vagues. Un Eden made in Tuamotu. Protégées des embruns par les papayers et tiare Tahiti qui les entourent, les vignes poussent au milieu des débris de corail, sur un sol fertilisé par les résidus de cocotiers. Là, à 22 000 km de la métropole, alors que l’environnement semble aller à l’encontre de la viticulture, se produit un petit miracle de la nature. Enrichi en algues et en sarments broyés, le sol corallien si inhospitalier au premier abord semble pourtant productif.

Aussi, la difficulté de l’entreprise tient aussi bien à la composition du sol qu’à la situation géographique du vignoble. Situé sur un motu de l’archipel des Tuamotu, à quelques minutes du village d’Avatoru, ce dernier nécessite d’effectuer chaque jour la traversée en bateau depuis le village principal.
Pour pallier le manque d’eau, des puits ont été creusés jusqu’aux nappes phréatiques afin d’arroser les vignes trois fois par jour. Enfin, la qualité de l’ensoleillement joue également un rôle crucial dans le cycle végétatif, c’est elle qui va déterminer la maturation des grappes. Les températures descendent rarement en dessous de 22°C aux Tuamotu et les précipitations sont minimes. Cependant, contrairement à la métropole où le soleil brille 12h par jour en été, le taux d’ensoleillement quotidien est bien moins important à Rangiroa, c’est pourquoi il aura fallu une longue période d’adaptation afin de saisir les enjeux du sol polynésien. A vignoble hors du commun, savoir-faire et techniques exceptionnelles…

Bien que les cycles varient en fonction des conditions météorologiques et des marées, les vendanges ont généralement lieu tous les cinq mois à cinq mois et demi.
A présent, le domaine de Rangiroa produit trois types de vin blanc : le Blanc de Corail, le Clos du Récif et le Blanc moelleux, mais également un Rosé Nacarat.

Un travail de longue haleine

Avant d’aboutir au résultat que l’on connait aujourd’hui, Dominique Auroy s’est évertué à trouver un environnement propice à l’implantation de son vignoble. Aussi, il aura mené des essais de plantation de 1992 à 1994 au travers des cinq archipels. Souffrant de la chaleur, de l’humidité, des aléas climatiques et des décisions gouvernementales, les premières vignes importées ont fini par dépérir. Contre toute attente, c’est au sein du plus aride des archipels qu’elles ont prospéré.

Fort de ce premier succès, l’homme d’affaires choisit de planter trois hectares de vignes en 1997. Il récolte les fruits de son dur labeur deux ans plus tard et se voit rejoint par Sébastien Thépénier, œnologue bourguignon.
En 2003, l’exploitation produit 400 bouteilles par récolte, soit deux fois par an.
Trois ans plus tard, la production passe de dix à vingt-six tonnes de raisin.
En 2009, le Vin de Tahiti Blanc de Corail Millésime 2007 est consacré lors des 15e Vinalies internationales à Paris où il obtient la médaille d’argent.
En 2010, le domaine s’étend considérablement, il compte depuis six hectares et la production annuelle passe à 30 000 bouteilles.

Vers une viticulture organique

Tout au long du processus, l’équipe de Dominique Auroy s’est efforcée d’observer et de s’adapter à l’environnement, de manière à préserver l’écosystème.
Aujourd’hui, l’entreprise tend vers une culture biologique. D’ailleurs, en 2015, l’investissement a essentiellement porté sur du matériel de broyage, dans l’intention de développer la culture organique.

Du raisin aux Tuamotu

Si la situation géographique prête à sourire, la réalité du terrain est tout aussi cocasse.
Très tôt, les membres de l’équipe empruntent la navette bateau depuis le village d’Avatoru. Après avoir brièvement navigué sur le lagon, ces derniers s’arment de leur plus beau chapeau en feuilles de pandanus et commencent à s’affairer entre les vignes. Tailler, désherber et protéger les grappes donne soif… Aussi, il n’est pas rare qu’ils trouvent refuge sous un papayer et étanchent leur soif d’une noix de coco.
Choisir la Polynésie pour environnement, c’est aussi devoir faire face à des situations insolites comme l’arrivée impromptue de centaines de crabes les soirs de pleine lune. Rivaliser d’ingéniosité face aux aléas naturels est un travail à plein temps.

Une robe dorée au milieu des eaux translucides

Elevé, récolté et vinifié au vignoble de Rangiroa, le Blanc de Corail sied à merveille aux Tuamotu : Impétueux, frais et légèrement acidulé. Il se marie parfaitement aux poissons et crustacés qui pullulent à quelques pas des vignes. Sa robe jaune paille présage des touches citronnées d’agrumes et de mangue verte et sa culture inédite le dote d’une certaine minéralité coralienne. Des notes surprenantes qui se laissent déguster à la Cave de Rangiroa, en bord de lagon, à l’ombre des cocotiers et vous transportent sur l’île, où que vous soyez.

 

Photographies  ©Tahiti Tourisme & Vin de Tahiti