La Pirogue, berceau des Polynésiens

L’Origine de la pirogue polynésienne

La pirogue polynésienne, généralement appelée « outrigger canoë » de par le monde, est plus connue en Polynésie sous son nom maohi « va’a ». Savamment étudiée afin de pouvoir tenir la distance, la pirogue est constituée d’un balancier relié à la coque par deux bras en bois, destiné à apporter la stabilité nécessaire au bon fonctionnement du véhicule. Le tout est rattaché par des lanières de caoutchouc résistant et souple. Pour avancer, le rameur est équipé d’une pagaie en bois, dont la pale est légèrement inclinée vers l’avant. Navigateurs hors pairs, les Polynésiens ont conçu les pirogues dans le dessein de subvenir à leurs besoins et pouvoir pêcher à leur guise mais d’abord et avant tout afin de rechercher de nouvelles îles habitables. Avec l’arrivée des Européens dans les années 1760, les grandes pirogues à balancier, jadis utilisées pour de grands déplacements, se sont faites rares. Les peuples polynésiens ont décidé de ne conserver que de petites pirogues pour aller à la pêche et s’affronter aux courses durant de grands événements.

 

Objet culturel aux multiples usages

Autrefois indispensable aux maohi, le va’a servait principalement à la pêche mais constituait également un moyen de transport servant à voyager d’île en île ou à mener une guerre. Il fût l’objet le plus essentiel à la culture polynésienne, revêtant un aspect primordial et indispensable dans la vie quotidienne. Afin de se repérer dans le vaste océan, les hommes naviguaient selon la méthode ancestrale sur des pirogues doubles ou à balancier en suivant les étoiles, se repérant à l’aide des vents et de la houle. Cette technique reste aujourd’hui très populaire.

 

Fabrication du va’a

Jadis, en raison de l’absence de métaux, la fabrication d’une pirogue polynésienne reposait essentiellement sur des matériaux d’origine végétale, à l’instar de cordages faits à partir de bourre de coco, connue pour sa forte résistance à l’eau. La construction était réalisée avec des outils en pierre, en bois, en coquillage, en os et même en arêtes de poisson. Pour confectionner la coque, les arbres utilisés se devaient d’être bien droits et très grands. Outre leur taille, les arbres devaient combiner diverses qualités telles que leur densité, leur résistance mécanique, leur souplesse et leur résistance à l’humidité ainsi qu’à l’ensoleillement. Pour la grande voile, les polynésiens utilisaient des feuilles de « pandanus », grand arbre aux usages multiples. Relevant du domaine du sacré,  la construction de la pirogue était suivie de près par les grands prêtres qui organisaient des cérémonies et invoquaient les dieux afin de bénir et protéger le va’a.

 

La vie en mer

Les Polynésiens parcouraient de longues distances, leurs voyages pouvaient s’étendre sur des semaine, voire des mois. A bord de la pirogue, chacun se voyait attribuer un rôle. L’ensemble des tâches du quotidien étaient réparties à travers le groupe afin d’assurer la survie du peuple. Par exemple, afin de maintenir l’étanchéité des coques, les hommes devaient jour et nuit vider l’eau de la pirogue afin qu’elle ne s’alourdisse pas. En effet, le bordage de bourre de coco cousu tend à s’user avec le temps et l’eau de mer. Lorsque la mer était calme, le groupe s’installait dans les flotteurs tout en pagayant afin de maintenir la vitesse et de ne pas perdre le cap. L’entretien des tressages de nattes de pandanus et de leurs attaches, bien que fragile, était une tâche quotidienne exercée par les femmes. Avant le départ en mer, les polynésiens embarquaient à bord des plants d’arbres, accompagnés d’animaux reproducteurs tels que des cochons, les poules… afin de les introduire sur leur nouvelle île.  Ils veillaient à emporter des provisions d’aliments frais, desséchés ou stabilisés par diverses cuissons, comme des noix de coco, des patates douces, du taro, des bananes, des fruits d’arbre à pain et autres.  Un groupe de  pêcheurs étaient présent afin d’assurer le stock de poissons frais pour ensuite le cuisiner dans un foyer maintenu allumé dans un bac de sable, au sein même de la pirogue.

La pirogue aujourd’hui

Embarcation traditionnelle et sacrée, elle a su garder son authenticité au fil du temps.Depuis quelques années maintenant, elle a traversé les océans afin de s’implanter en Australie, aux USA, en Afrique du Sud et jusqu’en Europe ! La construction du va’a sous son aspect ancestral est désormais soumise à une réglementation stricte concernant le recours aux matériaux. Cette mise en règle est destinée à conserver son aspect originel. Les grandes pirogues migratrices se font rares de nos jours mais l’on peut en admirer quelques-unes, comme la célèbre pirogue Hokule’a qui traverse l’océan pacifique reliant Hawaii à Tahiti.

 

Sport très apprécié des jeunes polynésiens

A l’origine moyen de subsistance, le Va’a est devenu une discipline sportive à part entière.
Deux types de courses sont pratiquées aujourd’hui: les épreuves de vitesse dans le lagon, à bord d’un V1 (pirogue une place) généralement, sur des distances allant de 500 et 1 500m ; et les courses au large dites « marathons en haute mer », se faisant sur de longues distances s’échelonnant sur 30 km à 150km. Ces longues courses se font à bord d’un V6 (6 rameurs) par équipe de 9 rameurs dont 3 remplaçants. Les remplaçants suivent la course à bord d’un bateau appelé « bateau suiveur » et se jettent à l’eau une fois le signal donné. Ce signal, lancé par un des rameurs, consiste à lever sa rame au-dessus de la tête.

Il existe plusieurs types de pirogues : les V1 monoplace (7m), les V3 (11m), les V4, principalement utilisés au surf de vagues, (entre 8 et 10m) et enfin les V6 (13m). Chaque rameur à un rôle capital, quelque soit sa place au sein du va’a. Le rôle le plus compliqué est celui du barreur, le rameur à l’arrière de la pirogue. On le nomme « peperu » en tahitien, il a pour but de gouverner le va’a sans le freiner et de maintenir le cap ainsi que la stabilité du balancier. Durant les courses, les rameurs ne rament jamais plus de dix fois du même côté mais alternent lors du signal du capitaine de l’équipe. Ce sport mondialement connu est aujourd’hui pratiqué dans divers pays. Il reste tout de même omniprésent dans sa région d’origine, le Pacifique, incluant Tahiti, la Nouvelle-Calédonie, les îles de Hawaii, la Nouvelle Zélande ainsi que l’Australie.

 

Quelques compétitions internationales 

Le Hawaiki Nui Va’a («  la Grande Terre des Origines »), créée en 1991. Cette course relie les îles de Huahine, Raiatea, Taha’a et Bora Bora dans l’archipel de la Société. Elle tend à prendre de l’ampleur chaque année avec des concurrents venant du monde entier : de France, du Pérou, du Japon, des Etats-Unis et bien d’autres.

La Molokai Hoe à Hawaii est une compétition internationale prenant place entre les îles hawaïennes de Oahu et de Molokai. La première édition remonte à 1952.

La Tahiti Nui Va’a course autour de Tahiti en 3 étapes répartie sur 3 jours. Cette course se tient tous les deux ans.