J’ai testé pour vous… la fabrication du coprah

 

 

Heiata vous raconte…

 

Ca y est c’est les vacances !!

C’est parti pour trois semaines de bonheur et de soleil…direction les Tuamotu, et plus précisément l’atoll de Ahe, pour rendre visite à nos amis de longue date. Accompagnée de mon père et mes jeunes frères, nous n’avons qu’une seule hâte : se prélasser au soleil, les pieds dans l’eau. Dès notre arrivée à l’aéroport local d’Ahe, la chaleur se fait ressentir, nous nous pressons vers la sortie afin d’y être accueillis par Philippa (de son surnom) et Georges, l’ami de mon père. C’est fou comme cela change de décor, tout est tellement différent de Tahiti. Après quelques salutations et un accueil
digne des « Tuam’s », direction la voiture… Une seconde, mais où est la route ? Où sont les voitures ? Bien évidemment, l’atoll ne dispose que d’une seule route et cette dernière ne mène pas à notre domicile… Philipa, l’ami et ouvrier de Georges, pointe du doigt un petit bateau, situé non loin de là. Qu’à cela ne tienne, ce sera donc par la mer ! Rien de tel que débuter ses vacances avec le souffle du vent dans les cheveux, à contempler les cocotiers défiler devant nos yeux en survolant le lagon… un petit paradis terrestre.

Après nous être confortablement installés, petit saut dans notre piscine naturelle d’un bleu turquoise incomparable. Le soleil est au rendez-vous, les poissons déambulent autour de nous et on peut même apercevoir quelques requins pointes noires nager paisiblement au loin. Je profite de ces derniers instants à peaufiner mon bronzage et me relaxer car demain, c’est une toute autre épreuve qui nous attend puisque nous allons apprendre à faire du coprah.

 

La culture du Coprah, ressource naturelle

Le coprah est ancré dans la culture polynésienne, c’est une véritable tradition ici, voire même un art de vivre. La culture du coprah occupe une place prépondérante dans l’économie locale, notamment ici au sein des atolls des Tuamotu, qui concentrent à eux seuls 65% de la production totale. La pratique consiste à retirer la chair du coco pour ensuite la laisser sécher à l’air libre, au soleil. Il faut ensuite presser le tout afin d’obtenir la fameuse huile de coco. La coprahculture se pratique depuis le XIXe siècle en Polynésie française et, bien que l’on trouve des cocotiers sur l’ensemble des îles, les atolls présentent généralement des conditions plus favorables à la culture du coprah : un ensoleillement important et un climat chaud et sec. Dans ces îles éloignées, présentant un faible flux touristique, la perle et le coprah sont devenues les principales sources de revenus permettant aux familles de subvenir à leurs besoins.

 

 

La fabrication du coprah

5h30, réveil matinal ! Ici nul besoin d’alarme, le chant du coq et le grabuge fait par les chiens s’en chargent. Adieu la grasse mat’… Ici à Ahe il n’y a ni électricité ni eau courante chez l’habitant, Philippa vient donc nous chercher avec son mori pata (lampe torche) pour prendre le petit déjeuner. Pourquoi un réveil si matinal ? Car plus vite nous commençons plus vite nous aurons terminé mais également afin d’éviter de travailler sous le soleil ardent.

 

 

Après notre petit déjeuner, nous nous dirigeons dans la cour arrière près de la mer, là où tout commence. Accompagné de mon père et de Georges, Philippa regroupe les noix de coco mûres ramassées la veille en bateau sur les plages et les fend en deux à l’aide d’une machette. Après avoir coupé plus de 100 cocos, nous les plaçons à l’envers en colonne, les unes sur les autres pour qu’elles sèchent librement durant un jour ou deux afin d’en attendrir la chair. Après vérification, la chair du coco ou la pulpe, comme vous préférez, est prête à être extraite. Cette étape est pour moi la plus lente et laborieuse car cela demande beaucoup de force dans les mains et une certaine dextérité. Aux oubliettes la manucure… Bienvenue aux ampoules et ongles noircis mais vous pourrez être fier du travail accompli à la fin de la journée. Assise sur mon petit tabouret et munie d’un petit outil tranchant, je saisis les cocos un à un, les coupe et en retire la chair, sous les conseils de Philippa. Il m’a fallu pas moins de dix minutes pour décortiquer mon premier coco alors qu’il n’aura fallu que cinq secondes à Philipa, sans commentaire. Mon père amasse les chairs de coco au fur et à mesure et les place à un endroit plat et bien exposé au soleil pour les laisser sécher. Attention, pas plus de deux jours, le but étant de les rendre moins humides pas de les sécher intégralement, autrement la pulpe risque de moisir et d’attirer insectes, parasites, oiseaux et autres rongeurs. La chair sera alors de mauvaise qualité, ce qui engendrera une huile de coco brunâtre. Surprise, s’il pleut, il faut courir, oui courir… jusqu’aux différents emplacements où le coprah est exposé afin de les mettre à l’abri de l’humidité (la propriété est immense, je vous laisse imaginer la scène). Et lorsque le soleil revient, il faut tout réinstaller.

 

Dernière étape

Une fois le coprah suffisamment sec au goût de Georges, nous le mettons dans des sacs en paille pouvant peser jusqu’à 85kgs afin d’expédier la cargaison en bateau à l’huilerie de Tahiti. Construite en 1968, cette dernière achète l’ensemble des récoltes des coprahculteurs afin de procéder à la transformation en huile brute. 95% de la production est destinée à l’exportation, que ce soit sous la forme d’huile raffinée pour la fabrication du célèbre Monoi de Tahiti (Huile de Tahiti) ou pour l’alimentaire. L’huile de coco présente de nombreux avantages et peut être utilisée sous diverses formes.

 

Après avoir déposé l’ensemble de nos sacs de coprah, nous lâchons un soupir de soulagement. C’est ainsi que s’achève cette rude semaine. Je ressors très fière de cette première expérience dans le coprah et j’admire encore davantage le courage et la force de tous ces coprahculteurs.